digital city and virtual worlds

5.7.18

La ville intelligente s'invente dans les proximités

Et si la ville du futur n’était pas celle imaginée par les acteurs de la fabrique urbaine ? Et si les centres des métropoles n’étaient pas la panacée en matière d’innovations ? 
Avec l’Observatoire des usages émergents de la ville et l’enquête conduits auprès de 4.000 Français et 3.000 Européens en 2017, l’ADEME, Chronos, l’ObSoCo et leurs partenaires* ont développé une lecture actualisée et prospective de la ville au travers des usages qui y émergent et des représentations de ceux qui la vivent. 

Produire et consommer localement, réduire son empreinte énergétique et ses déplacements contraints, partager et proposer des services au sein de son quartier, voire de son immeuble, travailler à distance du siège de l’entreprise, déployer de nouvelles sociabilités dans l’espace public... Autant d’usages émergents que nous avons interrogés et qui diffèrent selon le pays, le lieu de vie (ville-centre ou périphérie, métropole ou petite ville), l’âge ou encore l’activité des individus.

L’article « La ville intelligente s’invente dans les proximités » propose quelques clés de lecture de cet Observatoire, insistant sur le rejet de la grande ville et de la “smart city” au profit d’une ville-nature et à taille humaine. L’urbanité du futur sera ensuite interrogée au regard des possibles expérimentations dans le territoire délaissé, et pourtant riche, que sont les espaces péri-urbains… à condition d’y développer des innovations adaptées aux besoins spécifiques de sa population.

Lien vers l'article PDF : https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/ville-intelligente-et-proximites_2018.pdf

29.6.18

Le numérique va-t-il hacker la démocratie locale ?

La Caisse des Dépôts vient de publier un guide sur les civic techs intitulé Le numérique va-t-il hacker la démocratie locale ?, pour lequel on m'a interviewé. On y trouve ainsi une petite (toute petite) contribution de ma part.

Voici la présentation du dossier, disponible à cette adresse : https://www.caissedesdepots.fr/territoires-inclusifs
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civic tech
À l’heure du numérique et des démarches collaboratives, la question de la participation citoyenne est repensée. Les dispositifs de participation citoyenne traditionnels sont augmentés et de nouvelles fonctionnalités permettent d’inclure un plus grand nombre de citoyens.

"Comment choisir l’outil numérique adéquat ?", "Pour quels objectifs ?", "Quelles sont les bonnes pratiques à mettre en œuvre ?", "Quels sont les principaux points de vigilance à garder à l’esprit ?"

Conçu par la Caisse des Dépôts en collaboration avec Opencitiz, ce guide destiné aux collectivités locales, présente la variété des outils existants et a pour objectif de vous accompagner dans leur déploiement.

 Crédits texte et image Caisse des dépôts : Caisse des Dépots

15.5.18

Les civic tech pour les projets urbains, condamnées à n’être que l’appendice numérique des consultations citoyennes ?


Les civic techs permettent aux citoyens de proposer des idées de services et d’aménagements dans le cadre de projets urbains. Une plus grande importance doit néanmoins être réservée à leur design et leur intégration aux différentes phases du projet urbain. Cela permettrait de dépasser le simple recueil d’idées pour donner à voir la concrétisation, ou non, de leurs souhaits. 

Les civic tech, des outils au service de la participation citoyenne


Pour définir son nouveau “Plan de Ville”, la Ville de Liège en Belgique a eu recours à Citizenlab, une plateforme numérique en ligne où les citoyens ont proposé, commenté et voté pour des nouveaux services et aménagements dans les domaines de la mobilité, de la transition écologique, de l’inclusion sociale, de la culture, etc. En quatre mois, l’initiative a recueilli 1.012 propositions, 3.708 commentaires et 89.437 votes (Liège compte près de 200 000 habitants).
Mais y a-t-il vraiment matière à se réjouir ?

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Dans le cadre de l’opération “Réinventons Liège”, les citoyens ont pu déposer leurs idées et voter pour celles qu’ils souhaitaient voir intégrer au Projet de Ville via la plateforme en ligne Citizenlab

De plus en plus de collectivités publiques utilisent des dispositifs numériques, sites Web et applications mobiles, afin de favoriser la participation citoyenne dans le cadre de projets urbains, qu’ils soient à l’échelle du quartier, de la ville ou de la métropole. Ces “civic tech”, que l’on peut définir comme des services et outils numériques dont la vocation est “d’améliorer le fonctionnement et l’efficacité de la démocratie, en renouvelant les formes d’engagement des citoyens” (Mabi, 2017), portent la promesse d’une démocratie ouverte, participative, dans laquelle chaque individu a la possibilité de s’exprimer et d’être entendu. Pour résumer, elles incarnent “le passage à l’ère numérique des conseils de quartier avec la cocréation et coproduction des politiques publiques locales” (Alix, 2016). Selon les territoires et la nature du projet urbain, les systèmes techniques utilisés offrent peu ou prou les mêmes fonctionnalités. Certains vont privilégier les échanges entre les citoyens et les élus (Fluicity par exemple), quand d’autres vont multiplier les formats de contenus et les types d’outils pour renseigner, illustrer et discuter des propositions (à l’image de Participate Melbourne).

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Les habitants de Melbourne peuvent donner leur avis et suivre l’avancement de nombreux projets grâce à la plateforme Participate Melbourne

Les civic tech, des outils pour les “jeunes, blancs, urbains” ? 


Face au manque d’efficacité des méthodes de concertation mises en place pour tenter de favoriser la “démocratie participative”, ces outils numériques se présentent comme une réponse possible au désir grandissant des individus de prendre part à des problématiques urbaines qui les “renvoient à des pratiques quotidiennes et familières” (Bacqué, Gauthier, 2011). De plus, les civic tech permettent de toucher des personnes qui ne participent pas aux réunions de quartier, mais qui ne se désintéressent pas pour autant des problématiques urbaines (les jeunes par exemple). Elles favorisent également la mutualisation des “savoirs citoyens” (Nez, 2011), c’est-à-dire les connaissances provenant des “citoyens ordinaires”. Toutefois, il serait vain de croire en l’universalité de leurs usages, car s’il est certain que le numérique “amplifie” (Boullier, 2016) le potentiel du nombre des “êtres pris en compte” (Latour, 1999), les civic tech s’adressent principalement à des jeunes, blancs et urbains (Mabi, ibid.) ; ce qui amène à penser que ces technologies sont développées par cette population, pour elle-même, afin que celle-ci soit “plus visible dans un débat public de plus en plus morcelé” (Mabi, ibid).

A l’image des processus participatifs qui ont toujours eu des difficultés à mobiliser les citoyens, le bilan général des civic tech est lui aussi plutôt décevant. Ainsi, si certaines initiatives peuvent se targuer d’avoir obtenu un taux de participation important, une analyse comparative de près d’une trentaine de dispositifs participatifs nous a permis de constater que de nombreux projets recueillent finalement peu d’idées, de commentaires ou encore de votes (Lucas, 2017) ; sans qu’il ne soit possible de dégager des critères plus élaborés quant aux types de participations (selon les types de population, de projets, leur implantation, etc.). De plus, les statistiques liées à l’usage de ces outils sont souvent trop généralistes pour distinguer les utilisateurs actifs de ceux qui sont inscrits et qui n’ont jamais proposé une idée, publié un commentaire ou réalisé un vote. Enfin, les commentaires sont parfois l’œuvre d’un cercle très restreint d’individus.

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Dans le cadre de la démarche “Envies de Loire” lancée par la Ville de Tours, les citoyens ont pu proposer des idées d’activités et d’aménagements le long du fleuve grâce à l’outil Carticipe

De la nécessité de repenser les civic tech pour en faire des outils au service d’une participation citoyenne concrète 


Pour mobiliser les citoyens, et passer de la consultation à la collaboration, il est nécessaire de montrer que leur engagement dans une démarche collective a des effets. Certes, de nombreuses idées émanant de citoyens ont été concrétisées sur des territoires, mais il s’agit le plus souvent de projets d’aménagement à l’échelle locale, voire hyper locale. Les citoyens restent le plus souvent à l’écart des processus décisionnels pour des projets urbains dès lors que des jeux de pouvoirs (avec les politiques et le secteur privé) et de savoirs (avec les architectes et les urbanistes par exemple) apparaissent. Or, si l’on veut se donner les moyens de tendre vers un renouveau démocratique incluant les citoyens dans la prise de décision pour des projets urbains complexes et de grande envergure, il est essentiel — en dehors de toute volonté politique nécessairement préalable — de repenser les civic tech autrement que comme un appendice aux processus participatifs. Elles doivent être conçues comme des solutions intégrées à un processus global, alimentant et servant de support aux discussions qui ont lieu en ligne et en présentiel, à l’image de ce que propose Carticipe, un outil permettant “la collecte de contributions provenant simultanément d’internautes et de démarches participatives de terrain”. Cela implique également de repenser le design de ces outils, en concevant des systèmes plus intuitifs, plus diffus, plus immersifs, qui soient accessibles en ligne ou matérialisés dans l’espace public (pourquoi ne pas envisager des “boîtes à idées” numériques disséminées sur le territoire ?). Enfin, pour faire des civic tech pour les projets urbains de véritables supports de compréhension, de discussion et d’aide à la décision collective, il est nécessaire de multiplier les formats de données et les types de représentations interactives pour favoriser la prise en compte de différents points de vues, donc le débat.

Appendice 

Ce texte a également été publié sur le compte Médium du Lab OuiShare x Chronos : https://medium.com/le-lab/https-medium-com-lucas-jean-francois-les-civic-tech-pour-les-projets-urbains-9bbc432f4305

Sources 

Cet article s’appuie sur des travaux réalisés à l’automne 2017 pour le compte du Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie(DALE) de la République et du canton de Genève, dont une analyse/benchmark d’une trentaine d’initiatives de type civic tech,ainsi que sur les publications suivantes:
  1. MABI C., « On reste dans une logique où le politique garde le contrôle », Libération, le 7 décembre 2017
  2. ALIX C., « Civic tech : Si l’on veut réussir à réimpliquer les citoyens dans la vie publique, il faut s’y mettre d’urgence », Libération, le 12 décembre 2016
  3. GILLI F., « Participation : et si on changeait enfin les règles du jeu ? », Métropolitiques, le 19 février 2018
  4. BACQUE M.-H., GAUTHIER M. (2011), « Participation, urbanisme et études urbaines. Quatre décennies de débats et d’expériences depuis ‘‘A ladder of citizen participation’’ de S.R. Arnstein », Participations, Vol.1, n° 1, pp.36–66
  5. NEZ H. (2011), « Nature et légitimités des savoirs citoyens dans l’urbanisme participatif », Sociologie, Vol.2, n°4
  6. BOULLIER D. (2016), Sociologie du numérique, Paris, A. Colin, coll. U sociologie
  7. LATOUR B. (1999), Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie, Paris, La Découverte
  8. LUCAS J.-F. (2017), « Sites Web et plates-formes dédiés aux projets urbains et à la concertation citoyenne. Benchmark stratégique pour le DALE de Genève », rapport technique

2.4.18

Publication : "Les retours d’une exploration méthodologique croisant données Twitter, recrutement via Facebook et questionnaires web"




L'article "Les retours d’une exploration méthodologique croisant données Twitter, recrutement via Facebook et questionnaires web. La mobilité des jeunes dans et par les réseaux sociaux", que nous avons écrit avec Emmanuel Ravalet (EPFL) et Antoine Lohou (ENTPE) vient de paraître dans le numéro "Mobilités et (r)évolutions numériques" (31-3/4 | 2017) de la revue Netcom.


Résumé de l'article : La présence de certaines catégories de population sur internet et l’activité importante qu’ils génèrent suggèrent aux chercheurs en sciences sociales de réfléchir aux perspectives méthodologiques qui permettent de capter l’information ainsi à disposition. Cet article vise à rendre compte de deux expériences ayant en commun le fait d’utiliser les réseaux sociaux, respectivement Twitter et Facebook, dans le but de renseigner les pratiques et les représentations sociales des adolescents en matière de mobilité. Chacune de ces deux méthodes, en tant que telles et articulées au sein d’un cheminement méthodologique original, présente des avantages vis-à-vis des méthodes classiques. Mais des limites persistent et les enjeux méthodologiques liés à la mise en œuvre de ces méthodes restent de taille.


Lien vers l'article :  Les retours d’une exploration méthodologique croisant données Twitter, recrutement via Facebook et questionnaires web. La mobilité des jeunes dans et par les réseaux sociaux"

23.1.17

Les mondes virtuels : de la fin des utopies à la réalisation de ses propres rêves ?

Les 27 et 28 janvier 2017, j'interviendrai dans le Colloque International Entre ombre et lumière: les addictions. Drogue, mondes virtuels, religions. Utopies, spiritualités, (nouvelles) croyances, populismes: les dernières possibilités de rêver,  organisé par le Réseau d’Aide aux Toxicomanes de Bruxelles et le Laboratoire d’Anthropologie Prospective de l'Université catholique de Louvain (UCL).

Le thème de cette édition sera Utopies, spiritualités, (nouvelles) croyances, populismes : les dernières possibilités de rêver? 


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Mon intervention s'intitulera "Les mondes virtuels : de la fin des utopies à la réalisation de ses propres rêves ?" En voici le résumé :

Dans cette communication, nous soutiendrons que les utopies qui ont accompagné l’émergence des mondes dits virtuels se sont estompées dès leurs premiers usages. Nous ferons l’hypothèse que nous sommes actuellement au début de la phase d’acculturation de ces solutions socio-techniques, qui permettent aux individus, au-delà de se rêver autrement ou de se réinventer un monde qui leur offre des possibles, d’y agir, de s’y socialiser et même d’y réaliser et d’y cristalliser leurs propres rêves.
Après avoir rapidement introduit la notion de « monde virtuel », nous présenterons les trois phases du processus de diffusion d’une innovation selon Victor Scardigli (1992), en précisant les limites de la transposition de ce modèle à notre objet d’étude. Nous évoquerons l’ambivalence des imaginaires et les grandes utopies qui ont entouré la diffusion de ces univers, à partir de sources provenant de différents acteurs : concepteurs, publicitaires, « littérateurs », etc. (Flichy, 2001). Nous expliquerons que ces imaginaires ne sont pas spécifiques aux mondes virtuels, mais qu’ils sont relatifs aux technologies de l’information et de la communication, et plus précisément à la figure du réseau (Musso, 2000). Nous noterons  cependant des imaginaires spécifiques autour de la notion d’avatar.
Ensuite, à l’image du travail de Victor Scardigli à propos de différentes figures du « progrès », nous soutiendrons que les utopies véhiculées lors de l’apparition des mondes virtuels se sont rapidement essoufflées, notamment parce que les premiers usages ne les ont pas incarnées. Alors, nous expliquerons que, si les mondes virtuels permettent à des usagers d’être projetés, de se projeter ou encore de se socialiser dans ou par l’intermédiaire d’univers fictionnels imaginés et façonnés par des concepteurs, le développement de mondes dits « ouverts » renouvelle les possibilités pour les utilisateurs pour modéliser, incarner et réaliser leurs propres rêves.

FLICHY Patrice, L’Imaginaire d’Internet, Paris, La Découverte, 2001.
MUSSO Pierre, Critique des Réseaux, PUF, La Politique éclatée, 2000.
SCARDIGLI Victor, Les sens de la technique, Paris, PUF, 1992.

20.12.16

Publication - "La démarche d’innovation MODIM : industrie, art et imaginaires"

Publication des actes du colloque "De l'injonction à la créativité à sa mise en œuvre : quel parallèle entre monde de l'art et monde productif ?", qui s'est tenu les 9 et 10 avril 2015, à la Maison des Sciences de l'Homme (MSH Ange-Guépin), Nantes.
Ce colloque s’inscrit dans la suite de celui organisé lors 82ème Congrès de l’ACFAS, qui s’est tenu à Montréal en mai 20141. Il interroge la présence de plus en plus forte de l’appel à la créativité dans les discours managériaux, qu’ils soient prononcés pour présenter une stratégie, valoriser l’organisation ou accompagner une politique en matière de ressources humaines.

Lors de ce colloque, j'ai réalisé une communication intitulée "La démarche d’innovation MODIM : industrie, art et imaginaires".
Le texte est téléchargeable via le lien ci-dessous (ce sont les actes du colloque)

Résumé de la communication : La Chaire « Modélisations des Imaginaires, Innovation et Création » (MODIM) propose une méthode expérimentale d’innovation industrielle qui prend en compte la dualité technique et symbolique d’un objet dès les premières étapes de sa conception. Pour l’élaborer et la tester, la Chaire met en place des ateliers de recherche durant lesquels des acteurs académiques et des industriels, mais aussi des créatifs et des artistes explorent (ou modélisent) et projettent (ou modèlent) l’imaginaire relatif à un objet. Pour faire émerger l’imaginaire, des sensations ou encore des émotions, les corps des participants engagés dans cette démarche sont "mis en jeu" lors d’ "expériences vécues". Néanmoins, cette étape reste une boîte noire difficilement descriptible et reproductible dans un processus industriel.

Mots-clés : innovation, imaginaire, industrie, art, théâtre.

Lien pour télécharger les actes : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01413687