digital city and virtual worlds

18.4.20

Le dossier "Formes et dynamiques d'attention, de présence et d'engagements" maintenant accessible en ligne




Il y a deux ans, je publiais l'article "Socialisations volontaires, médiateurs et régimes d’engagement dans les mondes virtuels : L’invitation, l’annonce et la carte : trois médiateurs des régimes d’engagement en plan et exploratoire lors d’événements en ligne" dans le dossier "Formes et dynamiques d'attention, de présence et d'engagements" de la revue Interfaces numériques.

Tous les articles de ce dossier sont maintenant accessibles gratuitement en ligne. 
Bonne lecture !


REVUE INTERFACES NUMERIQUES
Volume 7 - N° 1 | 2018
Dossier : Formes et dynamiques d'attention, de présence et d'engagements

avec le sommaire suivant : 

12.4.20

Analyser les mobilités des jeunes à partir de données issues de Twitter, d’un questionnaire Web et d’entretiens approfondis




Nous publions, avec mes confrères du Laboratoire de sociologie urbaine de l'EPFL, Emmanuel Ravalet et Guillaume Drevon, un chapitre sur l'analyse des mobilités des jeunes à partir de données issues de Twitter, d’un questionnaire Web et d’entretiens approfondis, dans l'ouvrage collectif intitulé "Connaissance des mobilités : hybridation des méthodes, diversification des sources", publié et téléchargeable gratuite sur le site du CEREMA : https://www.cerema.fr/fr/centre-ressources/boutique/connaissance-mobilites-hybridation-methodes-diversification

L'ouvrage 


Cet ouvrage rend compte des innovations et hybridations méthodologiques qui permettent de saisir les mobilités géographiques à l’échelle du quotidien. Étant donné l’importance qu’a pris la mobilité dans nos modes de vie, nombreux sont les travaux de recherche qui s’y intéressent. L’idée de lancer un appel à articles à vocation méthodologique part d’un constat fait par les coordinateurs de cet ouvrage : de nouveaux dispositifs méthodologiques ont récemment été expérimentés et certains travaux font preuve d’une réelle créativité de ce point de vue. De nouveaux protocoles tentent de faire dialoguer des méthodes quantitatives et qualitatives mais vont aussi puiser dans de nouvelles sources de données. Ils emploient des outils inédits ou entreprennent des articulations innovantes pour renouveler la connaissance dans le champ des mobilités. Cet ouvrage collectif rassemble donc neuf contributions scientifiques originales aux propositions méthodologiques stimulantes pour une meilleure connaissance des mobilités.

Notre chapitre (Introduction)


La prolifération des données numériques générées par les activités des utilisateurs sur le
Web et les réseaux sociaux, couplée aux capacités de traitement, de stockage et d’analyse
des outils informatiques, invite le monde académique à repenser ses outils et terrains
d’analyse. L’étude des pratiques et des représentations de mobilité des adolescents peut
alors s’envisager par le prisme des digital methods (Rogers, 2013), c’est-à-dire en mobilisant
des outils issus du numérique pour analyser des objets qui sont eux aussi « nativement »
numériques (des wikis, des posts Facebook, des tweets, etc.). Cependant, les perspectives
très prometteuses offertes par l’analyse de ce type de données ne doivent pas masquer
leurs limites. Il importe par exemple de comprendre ce que l’on gagne et ce que l’on perd à
chaque opération de « traduction » (Akrich, Callon, Latour, 2006) de la donnée, de sa
collecte à son interprétation. Aussi, l’hybridation de ce type de méthode avec des méthodes
qualitative et quantitative plus classiques peut être envisagée afin de tirer avantage des
qualités de chacune pour combler leurs faiblesses respectives.

Ce chapitre s’inscrit dans cette perspective. Il présente une méthodologie mixte conçue pour
questionner les pratiques et les représentations de mobilité des adolescents. Celle-ci fait le
pari de l’hybridation en associant une première analyse qualitative exploratoire réalisée à
partir de millions de données issues de Twitter, une seconde analyse produite à partir d’une
enquête quantitative issue d’un questionnaire diffusé sur Facebook, puis une troisième
analyse effectuée grâce à une deuxième analyse qualitative fondée sur des entretiens semidirectifs.

La première partie de ce chapitre précise le cadre conceptuel dans lequel notre
méthodologie s’insère, ainsi que l’articulation séquentielle des trois méthodes ou types
d’analyse utilisés. La seconde partie présente chacune de ces méthodes, et souligne leurs
apports et faiblesses respectifs. Lorsque c’est le cas, nous précisons également comment
les matériaux ou les résultats obtenus lors de la ou des phases précédentes, a pu, ou ont
pu, irriguer l’élaboration d’une ou des méthodes suivantes. La dernière partie rend compte
des différents types de combinaisons réalisés et évoque les enseignements de cette
tentative d’hybridation du point de vue du croisement des méthodes et de celui des résultats.

Télécharger gratuitement le livre ici : https://www.cerema.fr/fr/centre-ressources/boutique/connaissance-mobilites-hybridation-methodes-diversification

17.2.20

"Quelques enjeux du numérique pour les territoires ruraux", texte de ma conférence à la communauté de communes de l'Ernée


Ce texte est issu de la conférence que j'ai donnée lors des Vœux de la communauté de communes de l’Ernée, le 09 janvier 2020. 

En remerciant une nouvelle fois la communauté de communes de l'Ernée et son président, Albert Blanc, pour cette invitation.

1. Le développement du numérique en France 


Le terme « numérique » est délicat à appréhender, car il désigne une pluralité d’objets, de représentations, de dispositifs… Le numérique, c’est à la fois son ordinateur, sa tablette, son téléphone portable, les applications qui sont installées dessus, le réseau internet, ou encore l’ensemble des données qui sont générées lorsqu’on utilise tous ces dispositifs.

numerique et infrastructure
Le numérique... des infrastructures, des équipements, du matériel…
Le numérique fait également référence aux infrastructures matérielles (les réseaux, les câbles, la fibre optique, les ordinateurs, les téléphones, etc.) et aux usages, c’est-à-dire à ce qu’ils font et aux manières de faire (les pratiques) : comment les individus utilisent-ils leur ordinateur, leur téléphone ? Est-ce qu’ils les utilisent pour communiquer avec leurs amis ou leurs collègues, pour travailler, jouer, regarder des films ou se divertir ? Font-ils un peu tout cela à la fois et ont-ils des manières de faire qui sont spécifiques par rapport à d’autres ?

usages numeriques
Des usages et pratiques = ce qu’on fait et comment on le fait
On peut penser que le numérique bouleverse nos modes de vie depuis quelques années seulement, parce qu’il imprègne désormais chaque strate et chaque instant de nos activités quotidiennes, qu’elles soient personnelles ou collectives, familiales, professionnelles ou récréatives. Pensons par exemple à ce que nous avons presque tous à longueur de temps dans notre poche, voire sous notre oreiller pour mesurer notre activité même quand on dort, notre téléphone portable ou smartphone.
Or, il est important de rappeler que la numérisation de notre société remonte aux années 1960. Les quelques dates suivantes nous servent ainsi à le rappeler :
  • 1960 : développement de la transmission numérique et premiers ordinateurs mis en réseau. 
  • 1982 : lancement public du Minitel.
  • 1984 : première expérimentation du réseau FTTH (fibre optique jusqu’au domicile) à Biarritz. 
  • 1986 : déploiement du premier réseau de téléphonie mobile (France Télécom). 
  • 1988 : début du développement d’Internet réservé à quelques universités et entreprises. 
  • 1996 : lancement du premier bouquet de télévision par satellite. 
  • 1999 : première offre ADSL. 
  • 2005 : TNT 
  • 2011 : disparition de la TV analogique au profit de la TNT. 

2. Fonctions et représentations du numérique

 

Le numérique comme « outil » 


En 2019, nous étions 77% de la population française à posséder un smartphone ; 95% de la population étant équipée d’un téléphone portable, y compris smartphone (1).
Celui-ci nous permet de faire de nombreuses choses : communiquer avec ses proches ou dans un cadre professionnel grâce à la voix (en téléphonant) ou à l’écrit (SMS, mails, messagerie instantanée), se repérer lors d’un déplacement grâce au GPS, jouer seul ou à plusieurs en ligne, contacter sa collectivité, consulter son compte bancaire, payer ses courses, réserver son hôtel, etc.

les fonctions d'un outil numerique
Les nombreuses fonctions d'un outil numérique - crédits : https://maripost.wordpress.com

A l'image du smartphone, le numérique peut être appréhendé comme un outil qui a de multiples usages possibles. Or, comme tout outil depuis leur invention entre -2,3 et -2,6 millions d’années, il dépend de ce que j’en fais. Ainsi, avec un chopper, soit un galet à bords tranchants fabriqué par percussion avec un autre galet, les hommes préhistoriques pouvaient dépecer des charognes afin de se nourrir, ou pour récupérer les peaux afin de se protéger du froid. Mais rien n’interdit de penser qu’ils pouvaient aussi taper sur la tête de leur voisin avec cet outil tranchant !

Un outil est le plus souvent pensé pour un ou des usages précis, qui en définissent sa nature et sa ou ses fonctions principales. On n’utilise pas un marteau et une scie pour les mêmes usages, car leurs natures préfigurent certains usages pour lesquels ils ont été conçus. Pourtant, on observe parfois ce que l’on appelle des détournements d’usages, c’est-à-dire des utilisations pour lesquelles un objet n’a pas été conçu.

Quelques ambivalences du numérique 


Un outil a donc des « fonctions » qui le définissent. Il porte également en lui de nombreuses « fictions », c’est-à-dire des représentations, des imaginaires. Ces imaginaires sont toujours ambivalents, ils sont donc à la fois positifs et négatifs (2). Prenons quelques exemples qui s’appliquent au numérique :
  • Ubiquité (positif) / isolement (négatif) : Mon smartphone me permet de me connecter au monde, d’appeler mes proches quand je le souhaite, mais il peut aussi favoriser un isolement selon mes usages et ma pratique quotidienne. 
  • Accès au savoir (positif) / abêtissement (négatif) : il me permet également d’avoir accès à une connaissance incommensurable (ex. Wikipédia), mais je peux aussi lire des mensonges sur les réseaux sociaux si je ne fais pas attention (fake news).
ambivalences du numerique
  • Développement économique (positif) / remplacement des métiers (négatif) : on me dit que le numérique représente de nombreuses opportunités économiques, mais certains métiers disparaissent ou sont remplacés ; même s’il s’agit ici de mesurer les effets du numérique par rapport à ceux de la robotique. 
Le numérique n’est donc pas fondamentalement « bien » ou « mal », il est simplement ce que nous en faisons, dans la diversité des objets qui le composent, à titre individuel et collectif.

3. Différencier les enjeux du numérique selon les types de territoires


Les quelques dates évoquées auparavant sont des repères importants pour comprendre que le numérique imprègne notre société depuis des dizaines d’années. Néanmoins, tous les territoires ne connaissent pas les mêmes mutations liées au numérique, ou la même vitesse à laquelle se réalisent ces mutations. Cela pour plusieurs raisons :
  • Le déploiement des infrastructures n’est pas égal à l’échelle nationale (en qualité et en temporalité de déploiement).
  • Les usages ou les pratiques du numérique ne sont pas les mêmes partout, en fonction des types de populations (catégories socio-professionnels, types d’activité, etc.) 
Pourtant, il est important de ne pas raisonner en termes de concurrence ou de comparaison entre les territoires. Un territoire tel que l’Ernée n’est pas une métropole, et ne doit donc pas penser sa relation au numérique comme le fait une métropole. Car les enjeux et problématiques du numérique sont très différents selon les types de territoires, comme le souligne à juste titre Vincent Chauvet, maire de la ville d’Autun :
« Dans les métropoles, on gère la tension, le ‘‘trop plein’’ : trop de circulation, trop de pollution, trop d’habitants. On est dans une logique d’optimisation – des flux, de l’emprise au sol, etc. – pour faire cohabiter, dans un espace restreint et avec des ressources restreintes, une population qui augmente. À l’inverse, dans les compagnes, on gère le ‘‘trop peu’’ : peu de population, peu de masse salariale – avec pour conséquence des logements vides et des emplois non pourvus -, et même peu de débit » (Chauvet, 2019, 28) (3).
Ainsi, les territoires ne doivent ni raisonner en termes d’« opposition à », ni en termes de « solidarité (où la distribution serait à sens unique selon une logique de ruissellement), mais en termes de réciprocité. Les villes qui ont fait le pari d’un développement économique strictement concentré sur la compétitivité internationale, l’attractivité et l’économie de la connaissance ne sont pas nécessairement des territoires gagnants aujourd’hui au regard des inégalités et dysfonctionnements internes que ce modèle suscite. Le développement doit être pensé en termes d’interdépendances entre les territoires » (Talandier, 2019, p.11) (4).

4. Dématérialisation des services publics et médiation


Pour les territoires ruraux, le numérique devient un mode d’accès incontournable aux services publics (accès aux droits, à l’emploi, aux soins, mobilités…), et peut devenir un instrument d’égalisation des chances si deux conditions sont maintenues.

Premièrement, il faut que les infrastructures numériques répondent aux besoins. On ne peut pas avoir d’usages s’il n’existe pas les infrastructures adéquates. En ce sens, la fibre optique pour les territoires ruraux est une perspective de développement vitale pour les entreprises, pour l’accès au savoir dans les établissements scolaires, pour l’accès de certains soins à distance, etc. Toutefois, les réseaux actuels, quand ils couvrent le territoire bien évidemment, suffisent souvent à répondre à de nombreux usages individuels, à commencer par l’accès à un grand nombre de services publics pour les administrés.

Deuxièmement, il faut des dispositifs d’accompagnement de la population, capables de prendre en compte les situations individuelles des administrés, notamment ceux dont l’âge et les caractéristiques socio-économiques compliquent l’usage des outils numériques. En juin 2018, on estimait que 23% de la population, soit près de 11 millions de personnes, n’étaient pas « à l’aise » avec le numérique (5). Il faut donc accompagner les personnes qui en ont besoin, car le numérique n’est pas une finalité : c’est un moyen. C’est un moyen d’accéder à un service pour déclarer ses impôts, demander une carte grise, faire une démarche administrative, etc.

numerique et ruralité


De fait, on ne peut simplement combler la fermeture à l’accès physique de certains services publics par une offre dématérialisée, car la complexité des technologies numériques renforce les inégalités entre les populations, notamment en ce qui concerne l’accès pour certains publics (6) : « la précarité, le chômage, l’isolement (au sens large de ce terme) sont majorés par le manque d’expérience et de culture numérique » (7).

L’évolution vers une dématérialisation de certains services publics est nécessaire, mais elle doit être anticipée, concertée entre les élus et la population, au risque d’entretenir un sentiment d’abandon. Il faut donc maintenir un niveau d’accueil physique, et un accompagnement, pour les personnes qui en ont besoin. Les maisons France Service doivent permettre de simplifier la relation des usagers aux services publics. Dès 2020, 300 d'entre-elles seront opérationnelles et chaque canton en aura une en 2022. L'objectif du Gouvernement est ainsi d'améliorer le dispositif existant des Maisons de Services au Public (MSAP) en élevant « leur niveau général avec un panier commun de services », un lieu d’accueil numérique et un renforcement de la formation des personnels d’accueil (8).

Crédits image : https://www.gouvernement.fr
Pourtant, si on veut enfin se donner les moyens de répondre aux objectifs de l’État affichés depuis 30 ans de garantir l’accès aux services publics dans les territoires ruraux (cf. loi dite « Montagne »), il faut « développer, professionnaliser et sécuriser l’intermédiation numérique. La formation des aidants numériques, en particulier, est une nécessité urgente pour le réseau des MSAP et ses agents. Cette intermédiation doit s’accompagner de mesures d’accompagnement en faveur des usagers, allant de la mise à disposition de matériel à des ateliers de formation, en passant par la réalisation des démarches, en leur lieu et place mais en leur présence » (9).

Par ailleurs, le programme « Aidants Connect » doit permettre à un aidant professionnel habilité préalablement de réaliser des démarches administratives en ligne, grâce à une connexion sécurisée, à la place d’une personne ne parvenant pas à les faire seule.

5. Une opportunité pour le développement économique 


Pour les commerçants, entreprises et même les agriculteurs, le numérique représente la possibilité de vendre des produits directement en ligne, ce qui leur permet, entre autres avantages, de répondre plus rapidement aux demandes, de minimiser le nombre d’intermédiaires, de toucher une cible plus diversifiée et plus lointaine, etc.

On voit ainsi de nombreuses PME de territoires ruraux développer leurs activités économiques en ligne, mais cela nécessite de la proximité et une présence locale : « Les animateurs économiques du territoire ont, dans ce cadre, un rôle à jouer pour valoriser le profil numérique de leur territoire en diffusant les réussites, en animant des groupes de dirigeants et en leur proposant des formations adaptées » (10).

À l’inverse, dans les territoires ruraux, où l’on pourrait penser qu’il existe une plus grande proximité que dans des métropoles par exemple, nombreux sont ceux qui utilisent internet aux dépens de l’économie locale. De fait, des transferts de valeurs ont lieu entre les territoires, alors que des commerces de proximité proposent parfois les mêmes produits, pour des prix relativement similaires.

Le numérique permet également de nouvelles formes de mises en relation et de coopération au sein des territoires peu denses, puisqu’il devient plus simple de réunir des compétences, des envies et des valeurs communes ou complémentaires, pour créer des synergies favorables à l’émergence de projets économiques (et plus encore !). Cette dynamique s’incarne notamment au travers de la création de tiers-lieux.

6. Ruralité et proximité, l’exemple des tiers-lieux 


Un tiers-lieu peut être défini comme un espace de travail partagé et collaboratif qui mêle des activités de travail, de bénévolat et de loisirs. Il rassemble différents types de publics (entrepreneurs, associations, indépendantes, salariés de diverses structures qui viennent sur leur temps libre…) et favorise un environnement propice à l’émergence de projets, aux relations sociales et à la solidarité.

On peut par exemple citer L’écloserie numérique, le premier tiers-lieu rural de France, crée à Boitron, dans l’Orne (11). C’est une association au service de l’inclusion sociale et du développement économique à l’aide du numérique. Une ancienne école a été transformée en un espace associatif proposant :
  • un espace de coworking : soit un espace qui permet à des travailleurs indépendants et de citoyens de se retrouver au même endroit. Selon l’association, « le coworking est un moyen de lutter contre l’isolement de ceux qui travaillent seuls chez eux. C’est aussi une solution pour trouver des compétences sur lesquelles s’appuyer pour développer son activité ». 
  • un fablab : terme qui synthétise ceux de « Laboratoire & Fabrication », et lieu de partage où l’on apprend à faire soi-même avec les autres à fabriquer ou réparer des objets, par exemple par le biais d’un « repair café » qui se tient une fois par mois, grâce auquel chacun peut apporter ses objets (vélo, aspirateur, bouilloire…) pour apprendre à les réparer.

7. Quelques mots de conclusion 


Il n’a pas été beaucoup question de technique, mais plus de « personnes ». De personnes qui ont des besoins :
  • d’accès à des services, 
  • d’accompagnement pour accéder à ces services, 
  • de se développer grâce au numérique, 
  • d’un accompagnement (animation territoriale) dans ce développement. 
Car, « plus la société devient numérique, plus elle appelle de nouveaux lieux physiques de médiation et d’accompagnement des citoyens. Ces lieux peuvent prendre des formes très différentes : maisons de services aux publics, espaces publics numériques, tiers lieux, points contacts postaux. Ces espaces de médiation ne concernent pas seulement les citoyens mais aussi les élus et les agents des collectivités » (12).

Par ailleurs, il faut penser en termes d’usages et de projets au service des habitants et des spécificités du territoire, non dans l’opposition aux autres territoires, mais dans leurs complémentarités (principe de réciprocité). Je ne peux qu’insister sur cet aspect, car si la tentation est forte de copier le grand frère ou la grande sœur d’à côté, et si « de nombreux élus ne comprennent pas comment utiliser le numérique pour répondre aux besoins des habitants en zones rurales », il faut comprendre que le principal frein n’est pas l’argent, mais l’absence de projet (13), pour que chacun de vous fasse du numérique un outil au service du quotidien, dans un souci constat d’inclusion et de maintien de l’intérêt général.

--
Références 


(1) Baromètre du numérique 2019. Enquête sur la diffusion des technologies de l’information et de la communication dans la société française en 2019.  
(2) Sur le sujet, voir par exemple : MUSSO Pierre, COIFFIER Stéphanie, LUCAS Jean-François, Innover avec et par les imaginaires, Paris, Manucius, Modélisations des imaginaires, 2014 ; LUCAS Jean-François, « Pour une fabrique des imaginaires de la smart city », Etudes digitales, n°6, Religiosité technologique (Vol. 2), 2018, pp.53-76. 
(3) CHAUVET Vincent, « Il est difficile d’être innovant dans le secteur public », interview de Vincent Chauvet, SmartCity mag, septembre 2019, n°27.   
(4) TALANDIER Magali, « Métropoles et territoires : et si on parlait réciprocité ? », Tendances, Villes moyennes, villes multiples, Cahier de la SCET, mars 2019, n°6, pp.10-12.
(5) Enquête sur « l’illectronisme » en France, CSA / Syndicat de la presse sociale, 24 juin 2018 : https://www.csa.eu/fr/survey/l-illectronisme-en-france
(6) Voir par exemple l’exploration « Capital Numérique » du Lab OuiShare X Chronos : https://www.le-lab.org/exploration-capital-numerique
(7) ALBEROLA Élodie, CROUTTE Patricia, HOIBIAN Sandra, « La ‘‘double peine’’ pour des publics fragilisés face au tout-numérique », Annales des Mines - Réalités industrielles, 2016, n°3, pp. 32-36. 
(8) 2 000 maisons France Service d'ici à 2022 : https://www.gouvernement.fr/2-000-maisons-france-service-d-ici-a-2022 
(9) « L’accès aux services publics dans les territoire ruraux », Rapport de la Cour des Comptes, mars 2019, p.15.
(10) « L’impact des usages du numérique sur le développement rural : constats & questionnements », Rapport du Réseau rural français, novembre 2017. p.4 
(11) Pour plus d’exemples, voir par exemple l’exploration « Mille Lieux » du Lab OuiShare x Chronos : https://www.le-lab.org/exploration-mille-lieux 
(12) Rapport « L’impact des usages du numérique sur le développement rural : Constats & Questionnements » 
(13) « La transition numérique sauvera-t-elle les campagnes ». Up, Le Mag qui insipire le quotidien, n°23, p.25.

10.2.20

Contribution dans l'étude d'impact des réseaux de voisinage réalisée par Smiile et YouGov

Retrouvez une courte contribution de ma part dans l'étude d'impact des réseaux de voisinage intitulée "Réseaux sociaux de voisinage. Quelles contributions aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques ?", réalisée par Smiile, en ce début d'année 2020.

Cette étude montre notamment en quoi les usages collaboratifs influencent les relations sociales, l'engagement et l'implication des habitants dans la vie locale et la prise de conscience face aux enjeux environnementaux.

L'étude est disponible ici : https://lnkd.in/dvgpNtU




30.10.19

Publication - Pour une fabrique des imaginaires de la Smart City

Aujourd'hui est paru mon article "Pour une fabrique des imaginaires de la Smart City" dans la revue  Études digitales, 2018 – 2, n° 6 Religiosité technologique, II (numéro dirigé par Pierre Musso).


Résumé de l'article

Cet article questionne les principales ambivalences de l’imaginaire de la Smart City, notamment héritées de l’imaginaire de l’innovation technique et des technologies de l’information et de la communication. Or, contrairement aux schémas classiques de la diffusion des techniques, ce sont les usages qui précèdent parfois l’imaginaire et les représentations associées dans le cas de la ville intelligente. Pour étudier l’imaginaire de la Smart City, il faut se détourner de l’hégémonie des représentations véhiculées par les promoteurs d’une ville techno-centrée pour mieux saisir sa diversité. L’étude de nos pratiques urbaines quotidiennes conditionnées par la médiation de nos smartphones et de leurs applications est une voie possible. En plus du triptyque « Textes, Images, Corps », il faut alors analyser les algorithmes, car ils encapsulent des représentations du monde qui se traduisent dans la production d’un imaginaire spécifique lors des expériences quotidiennes des usagers de la « ville calculée ».



Working paper 

Le Working paper de l'article est disponible sur HAL : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02335939

26.9.19

Concevoir les villes au service de l’intérêt général à l'aune des données numériques

Le 25 septembre 2019, j'ai eu l'occasion de donner la 5ème Masterclass des Canaux et de la Chaire ETI intitulée : "Concevoir les villes au service de l’intérêt général à l'aune des données numériques".

Grâce aux données numériques qu’ils exploitent, des acteurs privés issus du numérique sont désormais des producteurs de l’urbain, tant au niveau de son cadre bâti que de ses fonctions (se loger, se déplacer, se nourrir, se rencontrer…). Dans ce contexte, comment garantir l’intérêt général favorisant, notamment, la transition énergétique et écologique et l’inclusion sociale ?

En voici la vidéo et le support de présentation. Un résumé synthétique est également disponible sur le site de "Les Canaux"